L’Association « Le Monde en courant »,
L’Association « Le Monde en courant »,

Il a fait le tour du monde sans assistance, relié les villes saintes, été emprisonné en Chine, traversé plus de 150 pays et parcouru 250 000 kilomètres en près de 15 ans. Jamel Balhi a traversé la planète sans jamais se blesser.

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Mieux qu’un grand discours, pour présenter sa philosophie, Double Mixte vous restitue ci-dessous un entretien avec Jamel.

Et pour mieux saisir l’âme de Jamel, plongez vous dans cet entretien en imaginant sa voix peu audible et sereine ! Lisez-le en imaginant la course à pied comme un moyen et non une fin ! Et surtout comme un don qui lui a été offert par dame nature.

« Je suis né un jour d’avril à Lyon. Aujourd’hui, j’habite à Paris. Je suis photographe professionnel. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours couru… »

Comment et pourquoi avez-vous commencé à courir ?
Jamel Balhi – J’ai commencé à courir pour fuir. Courir pour partir. Fuir la société, fuir les choses qui ne me plaisaient pas, fuir l’ennui. Aller vers le soleil, aller vers les gens sympathiques. Dans le même état d’esprit que tu as quand tu pars en vacances. T’as envie de partir. Moi j’ai eu envie de partir. Prendre des vacances éternelles. Mais c’était surtout par refus de la société, d’une forme de société qui poussait à consommer, à vivre comme des cons, suivre des modes à la con. Il y avait le désir d’Asie aussi, le désir d’aller en Asie.

Quand avez-vouis commencé à courir ?
J’ai toujours couru. Je n’ai jamais été canalisé dans une compétition. Je partais en courant à l’école. Je traversais les rues en courant. Dès 7, 8 ans, et en fait aussi loin que je me souvienne. Après il y a eu la compétition et comme j’étais trop marginal pour en faire…

Vous avez donc décidé de partir en voyage…
Je voulais partir voir un copain en Chine, à Shanghai, qui m’avait invité à boire une tasse de thé chez lui. Avant j’avais déjà voyagé un petit peu, en courant. Mais tout a démarré de ce voyage à Shanghai.

C’était en quelle année ?
J’ai eu l’idée en 1985 et je suis parti en 1987. Avant cela je me suis testé en allant à Istanbul en courant, puis à Amsterdam. J’ai également fait des tas de petites virées. Au moment de partir en Asie, je n’étais pas disposé à le faire, alors j’ai fait des petits voyages et décidé de partir à Istanbul un an avant, pendant l’été 1986.

Vous n’avez pas eu de modèle, mais peut-être que c’est un livre en particulier qui t’a marqué ?
J’ai toujours aimé les romans qui racontent des exodes, des histoires de mecs enfermés en prison, la littérature de voyage dans le style hippie des années 70. Mais Kerouac, Ginsberg, la beat génération, ça me gonfle un peu. Les Américains me gonflent un peu. Finalement, Kerouac, avec le recul, tu te dis que c’était un phénomène de masse. A l’époque, dans les années 50, t’avais une poignée de mecs un peu délurés comme lui, Burroughs, Ginsberg, etc. Ils ont mis sur pied un mouvement qui aurait pu être n’importe quoi. Les gens auraient adhéré parce que ces mecs-là présentent bien, ils savent vendre. Même si « Sur la route » est un hymne à la liberté, ça n’est plus valable aujourd’hui. Ce sont des histoires de beuveries et je ne pense pas que les hippies pourraient se reconnaître dans le « beat ».

Votre film préféré est Américain, non ?
Oui, c’est « Midnight Express ».

Quelle a été ta première course ?
J’avais 16 ans, c’était à Saint-Etienne – Lyon. Une grande classique de 60 bornes qui a lieu tous les ans en décembre et qui réunit chaque année plusieurs milliers de coureurs. C’était en 1979, la première fois que je courais avec un dossard. J’ai terminé !

Quels sont tes temps de référence ?
Mon dernier temps de référence sur marathon… ça fait plus de dix ans… ça doit être 2h25 ou 2h27… et sur 100 bornes… 7 heures et… je ne sais pas. J’ai d’ailleurs peut-être un défaut, c’est que je n’ai pas la hargne de gagner. Je m’en fous complètement. Je fais mon truc, je cours naturellement, par rapport à moi.

Pour faire 2h25 au marathon, tu as bien suivi un entraînement…
Oui mais j’avais des prédispositions. Quand je cours avec mon sac à dos je fais du 12 ou 13 km/h et quand je rentre, j’ai besoin de faire du fractionné, de la piste, des 400m, des 1000m en répétition. J’y allais surtout au feeling.

De ce point de vue, quel pays a été particulièrement difficile ?
La Chine. Les gens n’étaient pas faciles. Ils se ressemblent tous. Pas physiquement, mais ils sont hostiles, pas hospitaliers. Il y a eux d’un côté et l’étranger de l’autre. Quand tu es là-bas on te le fait toujours ressentir. J’ai passé un an dans le pays et je n’ai eu que très peu de bonnes expériences. Le soir, dans un pays comme ça, tu vas plutôt à l’hôtel que chez l’habitant.

Est-ce que vous vous êtes déjà senti en danger dans des situations comme celle là ?
Non. J’emprunte les routes et je trouve toujours un camion à arrêter. Il suffit de montrer la gourde. Au Tibet, ils te donnent de l’alcool d’orge. Sinon, en Chine, il y en a pas mal qui donnent de la bière. Les chauffeurs donnent un peu ce qu’ils boivent au volant.

Est-ce que vous avez une devise, un credo qui te guide ?
« Un inconnu est un ami qu’on n’a pas encore rencontré. » J’étais dans un bar au Danemark, il pleuvait, je venais de finir une étape et je ne savais pas trop où dormir. Je restais là, je socialisais avec les gens qui étaient là. C’était un petit village. Je commande une bière, je sympathise avec mon voisin de comptoir et il me propose de venir dormir une nuit chez lui. Je lui demande alors pourquoi et il me répond que pour lui un inconnu était un ami qu’il n’avait pas encore rencontré. J’ai gardé cette phrase en tête. J’ai besoin qu’on me dise ça sur la route pour être bien.

Vous parlez beaucoup de vos rencontres et peut de course à pied dans tes livres. C’est parfois un peu frustrant…
Et pourtant, c’est la course à pied qui m’a emmené partout où je suis allé.